25th June 2026

L’intelligence artificielle (IA) s’est rapidement imposée comme un élément incontournable du monde du travail moderne. Les tâches liées à la communication, telles que la vérification et la rédaction d’e-mails, comptent parmi les plus couramment automatisées. Pour les multinationales, l’avantage principal est évident : un gain de productivité et d’efficacité.
Pourtant, derrière ces gains se cache une question que de nombreux dirigeants n’ont pas encore abordée : que se passe-t-il lorsque l’IA devient non seulement un outil de communication, mais aussi un substitut à la communication ?
Notre dernière étude – qui explore l’utilisation de l’IA sur le lieu de travail – suggère que cette question pourrait être particulièrement pertinente pour les dirigeants, puisque plus de la moitié d’entre eux utilisent désormais des outils d’IA pour optimiser leur communication.
« L’ironie, c’est que les dirigeants utilisent l’IA pour gagner du temps afin de pouvoir se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. Or, la communication elle-même est souvent la tâche la plus importante qu’un dirigeant accomplit. »
Parmi les dirigeants, environ la moitié utilise l’IA pour faciliter des activités de communication majeures telles que les e-mails, les réunions et la gestion d’une deuxième langue. Dans chaque cas, cette utilisation dépasse de 10 à 14 % celle de leurs subordonnés. En résumé, dans presque toutes les catégories liées à la communication, les dirigeants font état d’un taux d’adoption élevé, supérieur à celui de leurs équipes.

À première vue, cela semble être une bonne nouvelle. Après tout, les dirigeants sont des professionnels très occupés, pour qui la communication est essentielle. L’IA peut les aider à aller plus vite et à consacrer moins de temps aux tâches routinières.
Mais il existe une autre interprétation qui mérite d’être prise en compte.
Le coût caché de la communication externalisée
La communication est souvent considérée comme un processus susceptible d’être optimisé. En réalité, c’est aussi une compétence qui doit être développée.
Un manager dont les e-mails sont peaufinés par l’IA peut paraître très éloquent. Un employé dont les messages sont traduits et affinés peut sembler parfaitement à l’aise pour communiquer dans différentes langues. Mais apparence et compétence ne sont pas toujours synonymes. En effet, ils gagnent peut-être en efficacité tout en perdant quelque chose de moins visible : la pratique.
Il en résulte un paradoxe. L’IA peut améliorer l’apparence de la communication tout en réduisant simultanément les occasions de développer la compétence sous-jacente.
Au fil du temps, cela pose un défi aux organisations. Les dirigeants peuvent mesurer les résultats – ils peuvent voir l’e-mail, le rapport ou le compte-rendu de réunion –, mais ce qu’ils ne peuvent pas facilement discerner, c’est dans quelle mesure ces résultats reflètent une véritable compétence humaine et dans quelle mesure ils ont été générés ou améliorés par l’IA.
À mesure que les outils d’IA s’améliorent, cette distinction devient de plus en plus difficile à établir.
La perfection au détriment du lien humain ?
Nos recherches montrent que les dirigeants comptent parmi les plus fervents adeptes des outils de communication basés sur l’IA. Cela est important car la communication des dirigeants va au-delà du simple transfert d’informations.
Les collaborateurs n’ont pas simplement besoin d’instructions. Ils ont besoin de contexte, de confiance, de réconfort et d’un lien humain. Lorsque la communication est fortement médiatisée par l’IA, le risque est que les messages des dirigeants deviennent techniquement meilleurs mais émotionnellement plus vides.
Un message généré par l’IA et soigneusement rédigé peut transmettre efficacement des informations. Une note rédigée à la main, aussi imparfaite soit-elle, peut toutefois transmettre quelque chose d’aussi important : une présence.
Dans les organisations multinationales, où les équipes sont souvent réparties sur plusieurs zones géographiques, cultures et langues, cette distinction revêt encore plus d’importance.
L’ironie est que les dirigeants utilisent l’IA pour gagner du temps afin de pouvoir se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée. Or, la communication elle-même est souvent la tâche la plus importante qu’un dirigeant accomplit.
Masquer les compétences réelles
De nombreuses organisations commencent à suivre l’adoption de l’IA. Rares sont celles qui s’interrogent sur l’impact de l’IA sur le développement des compétences.
Si les employés s’appuient de plus en plus sur l’IA pour faciliter la communication, les organisations risquent de créer involontairement un déficit de compétences. Les employés peuvent continuer à produire des résultats de grande qualité, tandis que leurs compétences de communication sous-jacentes se développent plus lentement que prévu.
Le défi réside dans le fait que les indicateurs de performance traditionnels peuvent ne pas révéler ce phénomène.
Un employé peut produire systématiquement d’excellents travaux écrits tout en perdant en assurance lorsqu’il s’agit de communiquer de manière spontanée. Un manager peut rédiger des messages convaincants tout en éprouvant des difficultés lors de conversations en temps réel. Un membre d’une équipe internationale peut paraître à l’aise dans les interactions écrites tout en restant hésitant lors de discussions en face à face.
Il ne s’agit pas là d’échecs de l’IA. Ce sont les conséquences prévisibles de l’utilisation de la technologie pour exercer des compétences que les humains doivent encore maîtriser.
« L’IA est une aide tellement positive qu’elle peut aussi masquer les compétences réelles. Elle peut donner l’illusion de la confiance si les gens l’utilisent pour travailler leur communication, pour des traductions ou pour fournir du contenu. Elle peut masquer le niveau réel de compétence des personnes. »
Pratique, progrès et résultats : comment l’IA améliore la communication
L’IA peut également faciliter la communication entre différentes langues. Mais elle ne peut pas remplacer l’épanouissement personnel qui découle de l’apprentissage d’une langue par soi-même.
L’apprentissage des langues ne se résume pas à la simple conversion de mots d’une langue à une autre. Il s’agit de développer la capacité à nouer des relations, à appréhender les nuances culturelles, à communiquer avec assurance et à comprendre des points de vue différents des siens. Ces capacités proprement humaines ne se renforcent qu’à travers une véritable pratique de la langue et de la communication.
Heureusement, si l’IA est à l’origine de ce nouveau défi pour la communication humaine, elle est également capable d’en apporter la solution. L’IA agentique est désormais si avancée qu’elle peut résoudre la difficulté liée à la pratique des compétences linguistiques ; les assistants IA (tels que notre tuteur d’apprentissage basé sur l’IA agentique, Addi) peuvent générer des exercices personnalisés pour un nombre illimité d’employés et de dirigeants simultanément. L’échelle potentielle de cette solution change la donne pour les organisations internationales.
L’IA dans l’apprentissage des langues offre également la solution pour évaluer les compétences en communication. L’IA agentique dispose d’une mémoire à long terme, ce qui signifie qu’elle peut suivre le parcours d’un individu, du niveau débutant au niveau avancé, et rendre compte à l’organisation des progrès et des niveaux de l’ensemble des équipes internationales.
Pour les organisations internationales, l’objectif ne doit pas être de choisir entre l’IA et le développement humain. Il doit être de veiller à ce que l’IA amplifie les capacités humaines plutôt que de se substituer aux opportunités de les développer.
Une opportunité pour les responsables de la formation et du développement
Les organisations qui tireront le plus grand bénéfice de l’IA ne seront pas nécessairement celles qui automatisent le plus. Ce seront celles qui développeront en parallèle les capacités humaines les plus solides.
Cela implique d’encourager les collaborateurs à utiliser l’IA de manière réfléchie tout en continuant à investir dans le développement de la communication et des compétences linguistiques, en reconnaissant que les gains d’efficacité ne doivent pas se faire au détriment du développement des compétences.
Nos recherches montrent d’ores et déjà que la moitié des dirigeants utilisent l’IA dans l’apprentissage des langues, et 90 % des employés se disent ouverts à cette idée. Cela place les responsables de la formation et du développement dans une position privilégiée pour transformer leurs effectifs, non pas en optimisant les activités quotidiennes, mais en investissant dans un avenir où les employés seront plus connectés et plus compétents.
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